Importations de vins, où en est la France ?

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Importations de vins, où en est la France ?

L’OIV (l’Organisation Internationale des Vins), ainsi que l’agence SOWINE spécialisée dans le marketing viticole, ont respectivement publié une note de conjoncture viticole internationale pour l’un, et un baromètre analysant le comportement du consommateur de vin en France pour l’autre. Deux points essentiels sont à prendre en compte dans la confrontation de ces études : le territoire national importe des quantités importantes de vin en vrac, et le budget du consommateur final pour l’achat de bouteilles de vin diminue. Qu’est-ce que cela signifie ?

 

LE VIN EN VRAC S’IMPOSE DANS LES IMPORTATIONS FRANÇAISES

 

La France est récemment devenu l’un des plus gros pays importateurs de vin au monde en volume, avec 7.6 M hl de vin importé sur l’année 2017 (soit +12% par rapport à 2014, hors moût), dont 81% en vrac, pour un total général de 812 M € en valeur (+31% par rapport à 2014). Ces importations sont le signe d’un déficit structurel en vins d’entrée de gamme, accrue par l’annonce d’une production exceptionnellement faible suite aux nombreux aléas climatiques. 2017 s’est alors révélée bien difficile pour répondre à la demande de consommation globale, notamment celle des grandes et moyennes surfaces.  « Le manque de disponibilité en vin d’entrée de gamme français est en partie à l’origine de ce phénomène », afin de « satisfaire la demande en vins SIG, à la fois sur son propre marché, mais aussi sur ses marchés d’exportations. » (note ministérielle de 2016). 

Source : OIV  avril 2018

 

 

DU COTE DU CONSOMMATEUR FINAL, LE BUDGET DIMINUE

 

Selon l’étude SOWINE 2018 les consommateurs Français de vin se considèrent comme de « grands consommateurs » (plusieurs fois par semaine) pour 41% d’entre eux, et comme des « consommateurs réguliers » (quelques fois dans le mois) pour 34% d’entre eux, le nombre de bouteilles achetées n’évolue pas depuis plus de 5 ans. En moyenne en 2017, les Français (56 %) et plus particulièrement les 18-25 ans (68 %) achètent 1 à 2 bouteilles par acte d’achat. Les connaisseurs ont d’autres habitudes : 48 % d’entre eux se procurent entre 3 et 6 bouteilles par achat.
L’intérêt porté au vin est peut-être en légère évolution croissante d’après l’étude, on passe de 13% de « non-acheteurs » en 2012 à 6% en 2017.

 

 

Source : Sowine 2018

 

Parallèlement, le nombre de consommateurs ayant pour budget, entre 5 et 10€ par bouteille, n’est pas négligeable. Ils n’étaient que 41% en 2016 à diminuer leur budget par bouteille de vin.  Ils sont maintenant 47% . Le plus surprenant reste la hausse généralisée des petites dépenses et la baisse conséquente des plus gros budgets : le nombre de consommateurs qui prévoyaient plus de 20€ par bouteille a chuté en passant de 14% en 2016 à 8% en 2017. Idem pour pour les dépenses situées entre 11 et 20€ par bouteille de vin (34% en 2016 à 31% un an plus tard).

 

Evolution par tranche de budget, entre 2016 et 2017 :

Moins de 5€/bt : +18%   Entre 5 et 10€/bt : +15€ 〉  Entre 11 et 20€/bt : -9% 〉  Plus de 20€/bt : -43%

Source : Sowine 2018

 

Il apparaît donc une convergence inquiétante.  D’un côté, les producteurs viticoles régionaux français subissent les aléas climatiques de plein fouet, et font face à une incapacité partielle de répondre à une demande de vins SIG. De l’autre, le client final aime le vin (rappelons que selon l’étude SOWINE 2018, le vin est à la première place des alcools préférés des Français avec 78% des voix, contre 49% en 2014, soit +59% en 4 ans seulement), mais il n’est pas encore près à débourser plus de 10€ par bouteille. Cela a favorisé les importations espagnoles, essentiellement utilisés dans des cocktails, grande tendance qui ne cesse de croître depuis 2014 (+9%). Le cocktail représente la troisième boisson alcoolisée préférée des Français, derrière la bière et le vin. Mêlant convivialité et divertissement, deux points d’accroche qui sont dans l’air du temps, la mixologie intéresse aujourd’hui en 2018, plus d’un Français sur deux (dont 61% des 18-35 ans). La convivialité est affirmée par cette volonté de consommer de l’alcool entre amis lors des fameux « before » ou « after work » dans les bars, qui attirent 43% de la clientèle.

Au final les vignerons étrangers écoulent leurs stocks en s’adaptant au marché international, suivant les tendances par territoire. En France, ils proposent  des vins à bas coût, faciles à boire, utilisables dans les cocktails et adaptés au pouvoir d’achat du  consommateur final, dont les dépenses se limitent à une dizaine d’euros. Cette situation est d’autant plus inquiétante que pour le moment, le vignoble français ne peut pas être aussi réactif à ces nouvelles tendances.

 

 

Sources : OIV, Baromètre Sowine 2018, Huffingtonpost, le Figaro