Les défis du secteur viticole français

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Les défis du secteur viticole français

La 19 ième édition du salon Vinexpo qui s’est tenue à Bordeaux ce mois-ci, s’est attardé sur les enjeux et les dernières tendances de la filière vin en France. Les réflexions proposées s’appuient sur des constats de plus en plus convergents.

 

Repenser les exportations pour maintenir un dynamisme

La demande de vins et spiritueux en France devrait reculer de 13 % en volume entre 2011 et 2020 d’après l’étude de Vinexpo/IWSR, alors même que le vin est le 2ème secteur excédentaire du commerce extérieur de France, avec +10,5 milliards d’euros, derrière l’aéronautique (à +18,6 milliards) et devant les cosmétiques (à +9,4 milliards).

France Agrimer a pu mettre en exergue la perte de parts de marché des vins français en volume et en valeur. En 2016, le marché mondial du vin atteint les 101 M hl, soit une croissance de 66 % depuis 2000. Les parts de marchés françaises en volume se contractent de 29 % en 2000 à 20 % en 2015. Si la valeur du marché mondial des vins atteint les 28,3 Md€, en hausse de 103 %, la France est loin de capter cette croissance. En valeur, ses parts de marché passent de 40 % en 2000 à 30 % en 2015. En dépit des annonces de record de valeur des exportations françaises enregistrées ces dernières années, la France suit une pente descendante ces quinze dernières années sur les vins.

Face à ce constat, Christophe Navarre, PDG de Moët Hennessy (LVMH) explique que : « Les origines des vins se multiplient, c’est pour ça que le vin français doit se battre pour garder des parts de marché. On sait qu’il y a une véritable concurrence, la France a un véritable challenge à relever (…). »

Une des clés de succès est de diriger les ventes vers des marchés export plus porteurs, les marchés plus traditionnels marquant le pas. Ainsi, en 2016, le Royaume-Uni était le deuxième client des viticulteurs français et le premier pour le Champagne, mais la baisse de la livre sterling a engendré une inflation des prix. Le prix du vin a augmenté de 3% au premier trimestre 2017 contre 1% en 2015 et 2016. Le prix moyen d’une bouteille est passé en un an de 6,10 à 6,30 €. Cela s’est fait ressentir sur les ventes, comme l’illustre le champagne qui a enregistré une baisse de 8,7% des volumes exportés. Et cette tendance n’est pas prête de s’arrêter, surtout avec une hausse des taxes sur les alcools de 3,9%, selon l’Association britannique des distributeurs de vins et spiritueux (WSTA).

Se digitaliser pour améliorer la communication

Le digital marque un réel tournant stratégique pour améliorer la visibilité des vins auprès des consommateurs et établir un lien de proximité. Selon la dernière enquête Xerfi, les ventes de vin sur Internet en France ont enregistré une croissance supérieure à 30% en moyenne ces quatre dernières années, pour atteindre 1,6 Md€ en 2016 (soit 10% des ventes). L’étude prévoit une augmentation double du marché à l’horizon 2020, à 3,2 Md€. Les Français sont en effet de plus en plus nombreux à acheter du vin en ligne : 34% en 2016, contre à peine 10% en 2013. Cela s’explique par les besoins grandissant de praticité, de rapidité, de baisse des frais de livraison et d’obtention d’informations plus précises sur l’univers du vin. C’est pourquoi la diversification des offres prend de l’ampleur avec le développement des e-cavistes, des sites de ventes événementielles, des marketplaces, des sites de GSA et de cavistes, des box par abonnement, etc.

 

Valoriser le vin biologique qui séduit de plus en plus

« Ce n’est plus une tendance, c’est une réalité du marché. Il est intéressant de les mettre en avant pour que les acheteurs puissent les identifier plus facilement », explique Guillaume Deglise, directeur général de Vinexpo. Un tel engouement se traduit à l’échelle nationale par une augmentation croissante du nombre d’exploitations ces dernières années (+1,5% comparé à 2015, 5.200 domaines) des surfaces en bio et en conversion qui représentent 70.740 hectares (+3%), soit 9% du vignoble français.

Cette évolution répond à une poussée de la demande nationale et internationale. Les ventes ont progressé de 23% en valeur entre 2012 (à 359 M d’€) et 2015 (à 670 M d’€). Ces ventes se répartissent à 44% à l’export en volume (avec plus de 37% destinés à l’Allemagne, premier marché sur ce segment), et 56% pour la consommation domestique française. Tous les vins sont concernés, y compris les plus septentrionaux. « Ce n’est plus une tendance, c’est un tsunami, une révolution verte qui se passe en Champagne« , avec la nouvelle génération de vignerons qui se mettent au bio, constate Jean-Baptiste Lecaillon, directeur général adjoint et chef de caves de la maison de champagne Louis Roederer.

Bien évidemment, la France est loin d’être le seul pays à s’engager dans cette voie. L’Espagne reste aujourd’hui le plus gros producteur de vins bio au monde avec presque 96.6% des ses surfaces viticoles certifiées bio ou en conversion. Sa filière étant entièrement tournée vers l’export. Pour palier à cela, la filière viticole française à donc tout intérêt à développer sa communication.

 

 

Sources : La Croix, France-3 Région, Idealwine, Etude interne au Crédit Agricole Nord Est