L’utilisation des objets connectés dans le monde viticole

les objets connectés dans la vigne

L’utilisation des objets connectés dans le monde viticole

Les produits consommés par la clientèle finale sont de plus en plus surveillés par les industriels, mais aussi par les consommateurs eux-mêmes, en besoin constant de transparence et de traçabilité des produits. Le monde viticole n’est évidemment pas épargné par cette conduite du changement. Une question se pose alors : comment adapter l’activité viti-vinicole aux changements sociétaux, tout en restant compétitif ? L’Internet des objets, communément appelé « IoT », ou plus précisément les objets connectés, pourraient offrir de nouvelles opportunités de développement.

Alors que le secteur viti-vinicole rime plutôt avec « terroir », « appellations » et « traditions », les acteurs de la filière viticole et les consommateurs découvrent de nouveaux produits et services. Même si pour une partie d’entre eux, les possibilités qu’offre le digital est séduisant, pour une plus grosse partie, il balaye et perturbe les modèles existants.

De ce fait, les innovations numériques étendues à la vigne et à la cave ne sont qu’à leurs balbutiements, et ont du mal à se faire connaître des vignerons, par un manque d’utilisation des outils, mais surtout par un manque de connaissance même des outils. Nombreux sont les vignerons qui ne font pas le lien entre le numérique et les outils qu’ils utilisent. Selon le baromètre du Vigneron connecté effectué par La Vigne Numérique en 2017, seul 1 vigneron sur 3 connaît des outils numériques pour entretenir les sols, traiter et vinifier. Dans le détail ils connaissent des outils pour : traiter les vignes pour 42% d’entre eux, vinifier pour 38%, pour savoir l’état de maturité des vignes pour 32% des vignerons, et pour permettre l’entretien des sols pour 21% des interrogés. Pourtant, ils sont 24% à penser que la culture de la vigne aurait besoin d’innovation. Parmi eux, 7% déclarent que la culture de la vigne a été la plus impactée par les nouvelles technologies.

Aujourd’hui, le numérique permet de contrôler l’intégralité de son exploitation, de la terre jusqu’à la commercialisation de la bouteille (Température, humidité du sol, pH des sols, humidité des feuilles, force du vent, intensité lumineuse, les capteurs dans les vignes, sur les cuves, dans les pressoirs, etc.).

 

PRODUCTIVITÉ & QUALITÉ

 

La « viticulture de précision » (et petit à petit, « viniculture de précision »), est un processus d’analyse de bout-en-bout d’une production dans son ensemble, c’est-à-dire de la terre jusqu’au produit fini. Cette notion regroupe l’ensemble des outils et techniques mises en pratique dans le seul but d’harmoniser la gestion de l’exploitation, afin de la rendre plus productive.

L’analyse est soutenue par la donnée (ou « Data ») numérique des appareils connectés, qui suit un parcours spécifique, permettant à l’établissement d’augmenter son efficience :

La première étape consiste en la collecte de données, que ce soit pour surveiller l’évolution de la vigne ou celle du moût/vin dans les cuves, on retrouve aujourd’hui une multitude de capteurs en tout genre. Plusieurs sont mobiles comme ceux embarqués sur des véhicules motorisés (tracteurs etc.), d’autres sont statiques comme ceux apposés au cœur des parcelles, dans les caves, etc. L’objectif principal étant d’obtenir les données les plus précises possible, pour mieux interpréter ce qui influence la qualité finale.

La seconde étape consiste à stocker ces données. A priori élémentaire, cette démarche est pourtant cruciale. Ce stockage offre la possibilité d’avoir une visibilité sur un historique complet des pratiques déjà mises en place, et des évolutions du vignoble. Garder ces données brutes de manière sécurisée, dans un « cloud » (= serveur externe), ou sur un ordinateur, permet au vigneron d’effectuer des comparaisons avec les périodes précédentes.

 

Source : Filière Champagne du Crédit Agricole Nord Est

 

 

Une fois toutes ces données stockées, il s’agit de les analyser, les faire parler. Entrent alors en jeu les O.A.D. (Outils d’Aide à la Décision), qui assistent le vigneron dans ses décisions. Il s’agit d’un outil informatique qui étudie les données collectées via des algorithmes, afin d’en tirer des conclusions. A cette étape, on distingue la « donnée » qui est une valeur brute, de l’ « information« qui est une donnée traitée, donc à valeur ajoutée. Le traitement permet à l’outil de mettre en évidence les différentes statistiques sur le court à moyen terme de l’évolution de la vigne et/ou de la cave, en mettant en exergue l’état de santé, le taux d’humidité ou la détection de maladies par exemples.

L’étape finale est le partage de l’information, directement envoyée aux objets connectés, ou affichée sur un écran (ordinateur, tablette, smartphone). Le vigneron est mis au courant des actions à effectuer pour préserver la qualité de son produit. Le propriétaire sait ce qu’il a à faire, quand et pourquoi. Les informations de localisation lui permettent d’agir au cœur même de son vignoble, pour « soigner » une partie de parcelle, ou y apporter des modifications de traitements spécifiques par exemples.

 

Source : Filière Champagne du Crédit Agricole Nord Est

 

 

RÉDUIRE LES INTRANTS POUR PRÉSERVER L’ENVIRONNEMENT

 

Culture vulnérable aux maladies, la viticulture est au cœur des débats écologiques actuels. Malgré leurs effets indésirables, les pesticides restent aujourd’hui le moyen le plus courant pour maintenir un niveau de production. Le numérique offre cependant des pistes pour réduire leur utilisation, et ce de trois manières :

  • En prévenant le risque de maladies

Les maladies de la vigne étant favorisées par certaines conditions météorologiques, prévoir ces épisodes permettrait de traiter de manière plus régulée.

  • En réduisant les doses 

Les outils d’aide à la décision permettent d’adapter le traitement en quantité comme en qualité, en fonction du développement végétatif de la vigne ou de sa sensibilité aux maladies. A titre d’exemple, la cave de Buzet (en collaboration avec Ertus Group et Telespazio), mène un projet collaboratif appelé « OISEAU », et qui a pour objectif de mettre en place une solution permettant de pulvériser moins de produit en fonction de la vigueur de la vigne cartographiée. A la cave, l’enjeu se situe au niveau de la réduction du dioxyde de souffre (donc des sulfites) : grâce à des capteurs, on peut surveiller l’évolution chimique et microbiologique du vin, afin de réduire au maximum les doses utilisées.

  • En permettant de tester des solutions alternatives

L’analyse de la Data est une bonne assistance lorsqu’il s’agit de mener des travaux d’expérimentation : elle permet, entre autres, de mesurer l’efficacité de produits alternatifs aux pesticides (« biocontrôle ») avant leur mise en marché.

 

PERSPECTIVES

 

Si on arrive à mieux concevoir les usages liés au numérique, il n’en demeure pas moins que le matériel servant à acquérir ces données (capteurs, robotique, imagerie) devra également évoluer.  Il faut imaginer que demain, des capteurs révolutionnaires pourront détecter les maladies de la vigne avant les premiers symptômes visibles (et donc limiter le traitement au seul pied infecté), nous dire quand exactement vendanger selon le type de vin que l’on souhaite, ou encore authentifier la composition moléculaire d’un vin spécifique. Les métiers actuels du vin devront s’adapter à ce nouveau modèle.

Deux tendances voient ainsi le jour : l’une, plutôt virtuelle, dans la recherche rationnelle d’efficacité, de temps et de prix compétitifs, où le numérique constitue une valeur ajoutée au produit. L’autre, plutôt sensible, dans une recherche épicurienne d’authenticité, de contact humain et de « naturel », où une certaine résistance peut être exprimée face aux transformations digitales.

Il conviendra alors pour le producteur de déterminer quels seront ses choix, afin de satisfaire à la fois ses propres besoins et les attentes de ses consommateurs, en développant un modèle de complémentarité et d’alliance entre l’homme et la machine.

 

 

Sources : Filière Champagne du Crédit Agricole du Nord Est, Lavignenumérique, Frenchweb, AgriFrance, Sowine, SFRBusiness