Oenotourisme : Dom Caudron, une histoire, une stratégie

Oenotourisme : Dom Caudron, une histoire, une stratégie

Depuis 2010, la coopérative de Passy Grigny développe sa propre marque, en s’appuyant sur un fort engagement dans l’oenotourisme avec l’ouverture d’un écomusée. Une stratégie qui porte ses fruits, en France comme à l’export.

Un peu d’histoire

L’histoire de la coopérative commence en 1929 lorsque Aimé Caudron, l’Abbé du village de Passy Grigny, proposa aux vignerons, qui vivaient alors de la vente de leurs raisins, de s’unir et mettre en commun leur patrimoine pour acquérir un lieu de production, de l’outillage et du matériel de pressurage afin d’élaborer et de commercialiser leur propre Champagne. De 23 adhérents, exploitant un vignoble de 12 hectares, la coopérative en compte aujourd’hui 80, sur un domaine qui s’étend sur 130 ha au sein des coteaux de la Vallée de la Marne. Le Pinot Meunier, raisin de prédilection de ce terroir, est le principal cépage utilisé dans l’élaboration des cuvées et apporte au vin fruité, rondeur et élégance.

Lancement d’une marque propre et ouverture à l’oenotourisme

L’idée de bâtir un éco-musée pour mettre en valeur le terroir de Passy Grigny et le métier des viticulteurs avait été proposée dans les années 90 par l’ancien Directeur de la coopérative. Mais le projet, novateur à l’époque, n’a pas immédiatement séduit les adhérents et ce n’est que quelques années plus tard que les vignerons, conscients de la nécessité de proposer de nouveaux services à la clientèle, ont adhéré au projet. Parallèlement, la coopérative décide de lancer sa propre marque qu’elle baptise « Les Cuvées Dom Caudron », en hommage à l’Abbé qui a initié sa création.

Les travaux commencent en 2009, pour un investissement total de 1 million d’euros (dont 20 % de subventions de la Région et de l’Europe) et permettent de transformer le local historique de production en musée et caveau de vente. Le site ouvre ses portes en septembre 2010.

 

photo cuverie
Crédit Photo : Dom Caudron

La coopérative a développé toute une gamme de prestations, de la plus simple (visite touristique avec dégustation de Champagne), à la plus élaborée (accords mets et vins). Le parcours a été pensé pour faire le lien entre histoire et modernité et permet d’initier le touriste à l’ensemble du processus d’élaboration du champagne, tout en s’adaptant en fonction de la saison. La visite du musée débute par la découverte d’anciens outils et d’un coquard (ancien pressoir), remis en service à chaque vendanges pour expliquer les particularités du pressurage champenois. Elle se poursuit par la traversée d’une galerie de photographies en 3 D. Puis, dans une confortable salle de cinéma, le visiteur assiste à la projection d’un film sur le travail de la vigne et du vin, disponible en 5 langues et dont la version française est commentée par le comédien André Dussolier.

La salle offre une vue imprenable sur le centre de pressurage au visiteur qui a la chance de venir en période de vendange. Il peut alors assister à l’arrivée du raisin, la pesée et le prélèvement des moûts au colibri.  Enfin, la traversée de la cuverie, du haut d’une passerelle de 6 mètres, lui permet de découvrir les différentes opérations de vinification selon la saison – débourbage, tirage – et de voir l’élevage sous fût.

La prestation, qui s’effectue uniquement sur réservation, s’adresse à des groupes de moins de 20 personnes, dans un esprit « visite privée » offrant plus de convivialité, comme le précise le Directeur, David Sibillotte : « l’idéal pour nous étant des groupes d’une dizaine de personnes. Nous souhaitons faire partager au visiteur une véritable expérience au travers de ce parcours ».


 

3 questions à David Sibillotte, Directeur de la Coopérative

David Sibillotte : "Au fil des années, une complémentarité s’est mise en place : l’oenotourisme sert au développement de l’export et l’export sert à développer notre outil touristique."
David Sibillotte : « Lorsqu’on se lance dans un tel projet, il faut savoir bien s’entourer et convaincre les partenaires financiers. A ce titre nous remercions le Crédit Agricole du Nord Est de nous avoir fait confiance »

L’oenotourisme a t-il été un levier pour développer vos ventes ?

David Sibillotte. Nous avons ouvert notre site en septembre 2010. Au bout de 2 ans, on comptabilisait environ  5 000 visiteurs chaque année et à peu près autant de bouteilles vendues au caveau. Notre ambition était de développer nos ventes sur le marché français auprès des professionnels, mais également à l’export et notamment sur le grand export. Nous avons pour cela recruté un commercial pour le marché domestique et un jeune alternant en commerce international. Cette année, nous devrions atteindre les 30 000 bouteilles vendues, dont 40 % à l’export, 30 % sur le marché français et le reste au caveau.

Dom Caudron est encore une toute jeune marque. Il y a donc un gros travail à faire pour acquérir une reconnaissance auprès des consommateurs. Que ce soit pour nos importateurs étrangers qui viennent visiter la coopérative, ou pour les professionnels français, le fait de voir notre  musée et notre parcours de visite les rassure : notre marque a une histoire. Grâce au site, nous savons désormais la raconter. C’est un atout indéniable. L’oenotourisme est aussi un relai : nos visiteurs – surtout les étrangers qui ne peuvent pas partir avec beaucoup de bouteilles – nous demandent où ils peuvent retrouver nos champagnes et ça nous permet de les renvoyer vers nos points de ventes dans leur pays. Au fil des années, une complémentarité s’est mise en place : l’oenotourisme sert au développement de l’export et l’export sert à développer notre outil touristique.

Quel est le profil de vos visiteurs ?

David Sibillotte. La répartition entre touristes français et étrangers est d’environ 50 – 50, avec une provenance étrangère avant tout européenne. Nous recevons beaucoup de belges, qui représentent les deux tiers de notre clientèle étrangère, puis viennent les Pays Bas et les pays scandinaves. Côté grand export, nous accueillons des visiteurs brésiliens, américains et de plus en plus d’australiens. Nous n’avons pas pour le moment de visiteurs asiatiques.

Pour faire venir la clientèle finale, c’est à nous d’aller vers les professionnels. Nous  essayons d’être pro-actifs à ce niveau : nous travaillons avec des tours opérateurs,  les offices du tourisme, Atout France. Nous sommes présents sur les salons professionnels : nous étions par exemple à l’IWINETC* à Reims en avril dernier. Nous sommes également actifs sur les réseaux sociaux, même si l’effet est difficile à quantifier.

On remarque une tendance au glissement vers la clientèle étrangère, ce qui est notre souhait. En même temps, nous avons décidé de replacer notre prestation, qui est maintenant plus haut de gamme et plus élaborée. Même si nous avons perdu des visiteurs, notre chiffre d’affaires a progressé.

Quel est l’avantage du projet oenotouristique pour vos adhérents ?

David Sibillotte. Aujourd’hui, il faut se donner les moyens d’accueillir. Le client veut certes voir de l’authenticité, mais il veut aussi une part de rêve. Pour cela, nous avons mis une salle de dégustation à la disposition de nos adhérents qui souhaitent recevoir leurs propres clients à la coopérative. Ils peuvent l’habiller à leur image. C’est un service que nous leur rendons.  La coopérative est leur outil de travail, le prolongement de leur exploitation. 

Le projet a même eu un autre effet auquel on ne s’attendait pas : nous avons conquis de nouveaux adhérents, qui nous ont contactés car ils étaient intéressés par notre dynamisme et la communication mise en place par la coopérative. L’oenotourisme nous a permis de nous agrandir de 7 ou 8 ha.

 * International Wine Tourism Conference, qui a eu lieu à Reims les 8 et 9 avril 2015

Plus d’information sur Dom Caudron: www.domcaudron.com

Crédit Photos : Dom Caudron