Valorisons la richesse de notre patrimoine!

Jean Baptiste Duteurtre

Valorisons la richesse de notre patrimoine!

Il y a quelques jours, nous avons eu le plaisir de rencontrer Jean-Baptiste Duteurtre, acteur reconnu grâce à ses interventions dans les différents événements de valorisation de la Champagne. Le temps d’une interview, il a pu nous faire de part son point de vue sur les problématiques de la région, sur l’oenotourisme, et sur l’utilisation du digital.

 

Havrais d’origine, vous vous affirmez aujourd’hui comme une personnalité polyvalente. Amateur de musique rock, esprit voyageur, fin gourmet de produits alsaciens, vous êtes d’ailleurs à la tête aujourd’hui de JBD Com, une société de conseil en communication dans le monde de la gastronomie. Vous êtes aussi un passionné de football pour lequel vous avez exercé en tant que journaliste sportif à Saint-Etienne, comme Président du club de Briourde en Haute-Loire, et en tant que responsable communication pour le compte du RC Strasbourg. Journaliste de radio locale et journaliste de presses écrites, vous avez fait un passage au journal l’Union, à Rhums des Antilles, mais vous avez aussi créé le journal Crémants d’Alsace, et Normandie Performance.

Bien que tout portait à croire que vous continueriez votre traversée des régions, vous avez décidé de siffler une mi-temps en Champagne, pour laquelle vous êtes à l’origine des Trophées Champenois, du magazine Bulles & Millésimes et de Champappli.

Pourquoi s’arrêter dans cette région et comment expliquez-vous cette volonté d’innover pour la filière viticole champenoise alors que vous avez l’opportunité de donner de l’ampleur au Crémant d’Alsace, votre région de résidence ? 

Je suis parti vivre en Alsace pour des raisons familiales, donc je ne suis pas, de base, rattaché spécifiquement à cette région, même si j’en ai profité pour y développer une activité journalistique comme vous avez pu le remarquer.

Si j’ai décidé de m’investir en Champagne, c’est parce qu’entre 1995 et 2000, j’ai travaillé au journal l’Union, en portant de plus en plus mon intérêt pour l’activité viticole qui, à mon sens, était très largement délaissée en terme de communication. J’ai alors eu l’idée de créer la Revue du Champagne, un bisannuel qui n’a malheureusement pas duré car il portait presqu’exclusivement sur l’activité de négoce, ce qui représente un marché de lecteurs trop restreint.

J’ai pris du recul et j’ai constaté deux choses : la première c’est que ce manque de visibilité des activités viticoles en Champagne persistait, et la seconde, que j’avais tout un réseau de contacts à disposition. En mêlant les deux, j’ai pu créer un second magazine, le fameux Bulles & Millésimes, qui prend en compte cette fois-ci tous les acteurs, c’est-à-dire les vignerons, les coopératives et les négoces.

Le magazine fonctionne bien aujourd’hui et nous avons même lancé une application qui a été téléchargée plus de 500 fois !

 

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En novembre 2013, dans une interview pour la Champagne Viticole, vous déclariez au sujet du magazine Bulles & Millésimes : « mon ambition est de trouver un équilibre éditorial afin de permettre à tous les acteurs de la filière de trouver leur place dans la revue« . Des propos tenus ici toujours en référence à la visibilité des acteurs viticoles, à leur promotion et a fortiori, à celle de l’image du et de la Champagne.

Avec l’avènement du « digital content » et des nouvelles technologies de communication et de partage d’informations, quelle place occupe le digital dans la stratégie de développement de vos différents projets ? Quel(s) impact(s) positif(s) comme négatif(s) en tirez-vous ? 

Le digital est en forte croissante oui, mais encore faut-il savoir s’en servir pour l’utiliser à bon escient en fonction de votre cible.

Pour moi, il est clair que le digital ne remplacera pas la presse écrite de niche, qui reste essentielle pour s’en sortir. Développer un site Internet journalistique par exemple, pour offrir une version numérique des magazines reste bien trop coûteux non seulement en terme d’argent, mais aussi en terme de temps. L’investissement global pour l’entretien d’un site n’est donc pas rentable sur le long terme. Par contre, j’ai volontairement mis en place une application disponible sur Android et iOS qui permet une complémentarité avec le magazine, en plus d’un accès plus détaillé aux informations de cuvées champenoises.

Si je devais citer quelques avantages que je tire du développement digital, au travers de mon application Bulles & Millésimes, ce serait la mobilité et l’accessibilité de l’information, sans compter la rentabilité et les opportunités d’évolution de l’application, vecteurs d’expérience client, au travers du mobile.

 

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En octobre 2015, 4 mois après que la région ait obtenu le label UNESCO, vous avez inauguré la première cérémonie des Trophées Champenois. Un total de 10 prix sont décernés lors de cet événement, dont un concernant la démarche oenotouristique. Démarche qui a d’autant plus son importance qu’elle s’inscrit dans un processus de développement du patrimoine local et région, social et économique, naturel et culturel, reconnu au niveau mondial. Cette démarche a donc un impact fort et direct sur la notoriété du produit de Champagne. Un an après, en 2016, la Champagne a accueilli 7.1 millions de visiteurs dont 1.7 millions d’oenotouristes, soit 17.2% des oenotouristes nationaux (derrière Bordeaux 18%).

Quelle importance accordez-vous à l’oenotourisme ? Pensez-vous qu’il y ait une corrélation entre valorisation, labellisation et l’afflux d’oenotouristes sur le territoire champenois ?

La relation est évidente puisque la région détient de nombreux atouts attractifs dont les principaux sont le label UNESCO et le vin. Mais il faut bien avoir conscience que la Champagne n’a pas toujours été comme cela. Aujourd’hui, il y a un retard énorme au niveau du développement de la communication interne et externe à la filière. Ceci s’explique surtout par le fait que les terres viticoles champenoises ont beaucoup souffert de la Seconde Guerre Mondiale qui a presque réduit en cendres tout le patrimoine champenois, villages, vignes et infrastructures viticoles. Au sortir de cet événement catastrophique, seules les églises tenaient plus ou moins debout. Petit à petit, et comme auparavant, les villages se sont reformés autour d’elles. Les uns après les autres, on a replanté les hectares et on a restauré voire totalement reconstruit les bâtisses. De là est née la véritable importance de l’oenotourisme, dans une région qui a été détruite et qui a maintenue malgré tout, sa volonté de traverser les âges en valorisant à nouveau son patrimoine naturel et culturel, dans le but d’attirer les touristes et oenotouristes, favorisant ainsi la renaissance et le développement économique de la Champagne.

 

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Bien que la région voit son activité touristique et oenotouristique s’accroître, elle n’en est pas moins en retard par rapport à sa plus grande concurrente, Bordeaux. Sur les réseaux sociaux, la Champagne arrive à la 14ème place des pages les plus aimées sur Facebook. Selon des sondages effectués par l’Observatoire du Tourisme de Champagne-Ardenne et OpinionWay, seuls 54% des Français savent positionner géographiquement la région sur une carte. Seuls les +64 ans connaissent bien la région viticole et veulent y retourner pour passer un week-end. Pour finir, la Champagne n’est pas perçue comme jeune et dynamique.

Quelles sont vos objectifs et projets pour dynamiser la Champagne ? Seriez-vous prêt à décerner un nouveau prix lors des Trophées Champenois, tel que « la meilleure démarche digitale » ? Quel serait l’impact d’un tel prix auprès des vignerons selon vous ? 

Concernant les prix, il faut savoir qu’aux débuts des Trophées Champenois, nous avions lancé un lauréat similaire à la démarche digitale. Malheureusement, il n’a pas duré très longtemps puisque les possibilités du digital étant de plus en plus nombreuses aujourd’hui, il devenait compliqué pour nous d’établir des critères précis et de recueillir des informations parfois confidentielles, comme celles concernant la vente online, afin d’évaluer correctement les vignerons. Depuis, nous avons lancé le prix du « meilleur communiquant », dont les critères d’évaluation sont beaucoup plus simples à cerner. Le vigneron champenois de manière générale, se sent beaucoup plus impliqué par ce prix que celui sur le digital, car la transformation digitale n’est pas encore chose acquise pour tout le monde.

On parle beaucoup de numérique et d’e-commerce, mais il faut prendre en considération que la principale clientèle du champagne a plus de 40 ans, qu’elle a besoin de contact ainsi que de conseils, ce qui met en exergue deux problématiques :

L’acculturation aux outils digitaux des plus de 40 ans, leur permettant de diversifier leurs points de contact avec les vignerons champenois

La dynamisation de l’image du champagne pour rendre le produit plus attractif aux moins de 40 ans qui savent, pour la majorité, déjà se servir des outils numériques

Dernier désavantage et pas des moindres, la concurrence. Pas n’importe laquelle, je parle de la grande distribution dont les ventes de champagne représentaient en 2016, 44,1 millions de cols et généraient 902,3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Rajoutez à ça les différentes promotions abusives effectuées en magasin, cela revient à lutter contre un géant. C’est pour cela que je conseille avant tout à chaque vigneron, de cibler ses démarches et son organisation sur la communication interne et externe à la filière champagne. Le but étant de se fait remarquer grâce à une belle image du domaine et du produit, afin que les ventes puissent suivre.

D’où la nécessité de valoriser le patrimoine viticole champenois. Pour cela j’interviens dans plusieurs projets comme « Champagne et Culture », qui aura lieu en novembre 2018 à Troyes, qui lie champagne et expositions artistiques. J’ai aussi en tête une exposition fin 2019 qui mettra en avant la combinaison packaging et Art, plutôt contemporain. Un autre projet serait d’organiser un événement qui mêlerait cet effervescent à la gastronomie, que l’on a tendance à oublier ces temps-ci. Et enfin un projet qui porterait sur la valorisation des loges au cœur des vignes. Tous ont pour vocation de mettre en avant la diversité du patrimoine naturel et culturel de la Champagne.